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«Je suis une généraliste de l’humanitaire»
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A la base, je suis ingénieure civile. J’ai travaillé à Genève, puis au Canada, toujours pour des entreprises privées, mais avec ¬– déjà – une dimension internationale, surtout en Afrique de l’Ouest. Toutefois, ce n’était pas vraiment dans la coopération. Une fois, il s’agissait même d’un projet de déplacement de population en vue de la construction d’une autoroute…

C’est quand j’ai décidé de revenir en Suisse que je me suis tournée vers le Corps suisse d’aide humanitaire. J’avais envie de mettre mes compétences développées dans le privé au service d’une cause. J’y avais déjà pensé, mais je n’étais jamais allée jusqu’au bout du processus.

Pour ma première mission, fin 2008, j’ai été envoyée au Liban, en lien avec les réfugiés palestiniens.

Ensuite, j’ai fait un passage en Arménie, avant de rester un an et demi à Haïti, notamment pour aider à la reconstruction. Je suis arrivée là-bas quelques mois après le séisme de janvier 2010. Après 18 mois sur place, je suis retournée à Berne, mais j’ai encore travaillé sur des projets pour Haïti. Ce pays a donc occupé plus de 3 ans de ma vie.

Par la suite, j’ai été envoyée en Afrique. Basée au Tchad, je couvrais aussi la République centrafricaine et le Cameroun. Le poste s’est révélé passionnant, j’étais du côté des bailleurs de fonds, qui finançaient des organisations partenaires ou des projets d’ONG.

On peut dire que je suis une généraliste en matière d’aide humanitaire: je peux gérer des projets très divers, m’occuper à la fois de l’administration, des demandes de crédit à Berne, du suivi des projets financés sur le terrain, mais sans avoir tout le temps les mains dans le cambouis que présuppose le lien direct constant avec l’opérationnel. J’admire les ONG qui travaillent en continu en contact avec les personnes vulnérables, car c’est extrêmement difficile. Il faut être capable de se blinder et ça fatigue beaucoup sur la durée.



Concrètement, on a par exemple financé le projet d’une ONG, à Bangui, en Centrafrique, dans le cadre d’un centre pédiatrique. C’était un programme lié à la malnutrition chez les moins de 5 ans. Voir ces enfants souffrir – certains étaient de passage, d’autres étaient hospitalisés –, voir leur regard, celui de leurs mères, souvent complètement démunies face à la situation, a été très dur. Il y a d’autres moments plus joyeux aussi. Lorsqu’on se rend dans une école qu’on a aidée à financer et qu’on voit des enfants rigoler, être heureux, c’est magnifique et ça met du baume au cœur.

Je me souviens d’une visite dans un village complément perdu, dans le sud du Tchad, en janvier 2019. Les gens nous disaient que personne dans la capitale ne devait savoir qu’ils existaient. Ils n’avaient même pas d’eau potable et s’approvisionnaient à un marigot insalubre.

Quand on leur demandait à quelle distance se trouvait le premier centre de soin et combien de temps il fallait pour y aller, leur réponse était: «Ça dépend de votre corpulence.» Ça m’avait fait rire sur le moment. On est face à des réalités complètement différentes des nôtres.

Entre espoir et découragement

Il est parfois difficile de voir qu’année après année, les aides arrivent et que la situation ne change pas. Rester sur place un certain temps permet de créer des liens, de comprendre la répétition de certaines crises, même si c’est parfois très décourageant. Au bout d’un moment, on se dit que, quand même, il est peut-être temps de passer à autre chose, même si ma situation – je bougeais beaucoup, dans trois pays, avec des situations humanitaires très différentes – était particulière.

Avec le recul, je n’ai pas l’impression d’avoir sauvé des gens. J’ai surtout participé à l’amélioration de la vie de certaines personnes, allégé leurs souffrances, notamment celle des nombreux Centrafricains qui ont émigré au Tchad après le coup d’état.

Aujourd’hui, on ne parle plus beaucoup de la République centrafricaine. Pourtant, malgré l’accord de paix signé il y a peu, la situation de la population civile ne s’est malheureusement pas améliorée.

Sincèrement, je ne pense pas avoir la vocation de travailler dans l’humanitaire, même si j’admire ceux qui disent l’avoir. Je ne me sens pas poussée à sauver la veuve et l’orphelin. Une des choses qui m’ont vraiment motivée, a été de représenter mon pays sur le plan humanitaire et non politique, de voir qu’on peut bâtir quelque chose, partir de zéro et voir cette évolution.

Des moments de lassitude? Je n’en ai pas eu beaucoup, parce qu’il y a toujours quelque chose à faire, un nouveau problème qui apparaît. Toutefois, on se sent un peu découragé, à la longue, de voir les massacres se répéter, comme en Centrafrique, sans que personne ne fasse rien pour les arrêter ou ne puisse faire quoi que ce soit.

Je suis restée plus de 5 ans et demi dans la zone. Il y a eu des moments d’espoirs, qui tiennent quelques mois, puis ça retombe, avec des moments de découragements, car on ne comprend pas pourquoi ils n’arrivent pas à s’en sortir. Toutefois, on sait que les populations souffrent, alors notre présence est toujours utile et nécessaire. Que voulez-vous, quand un pays possède d’énormes ressources – or, diamants… –, beaucoup d’Etats, proches ou plus lointains, s’y intéressent. Il y a trop d’intérêts divergents pour que ça fonctionne. C’est aussi pour ça que je suis fière d’avoir participé à représenter la Suisse dans cette partie du monde, elle qui n’a pas de passé problématique, de vieilles casseroles et qui, du coup, est un acteur respecté.

Aujourd’hui? Je ne sais pas encore. Toutes les possibilités restent ouvertes, j’aimerais pouvoir trouver du travail à Genève, mais si je dois repartir en mission, je le ferai avec grand plaisir


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