«L’éthique est la vertu cardinale de notre profession et quand elle vient à manquer, c’est la crédibilité de tous qui en pâtit ; aussi nous veillons à ce que cela n’arrive pas» – Le Sahel

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N’est pas avocat qui le désire. En effet, en plus d’avoir une bonne maitrise du droit et des principes contenus dans son serment dont l’avocat est interdit de se départir, le bon avocat, selon le Bâtonnier de l’Ordre des Avocats du Niger, Me Boubacar Oumarou, est celui qui est à l’écoute des préoccupations légitimes de son client, qui le défend dans toute la mesure de ses connaissances acquises. Après, il doit informer le client dans un délai plus ou moins raisonnable de l’évolution de son dossier. Dans l’entretien qui suit, Me Boubacar Oumarou nous parle aussi des missions et des ambitions du Conseil de l’Ordre des Avocats du Niger, qu’il dirige depuis quelques années.

Bâtonnier Boubacar Oumarou, vous avez officiellement pris fonction le 6 octobre 2019, en tant que Bâtonnier de l’Ordre des avocats du Niger. Présentez-nous votre institution ainsi que ses missions ?

Le Barreau est un Ordre Professionnel qui remplit une mission de service public en matière d’assistance juridique et judiciaire. Il est administré par un Conseil de l’Ordre composé actuellement de 12 membres, présidé par le Bâtonnier. Ce dernier est garant de la discipline au sein du Barreau et de la défense des intérêts de la profession qu’il représente auprès des pouvoirs publics, des autorités et des tiers. A l’entame de sa carrière, l’avocat prête serment devant la Cour d’Appel et jure ‘‘d’exercer la défense et le Conseil avec dignité, conscience, indépendance, humanité ; de ne rien dire, ni écrire ou publier qui soit contraire aux lois et règlements, aux bonnes mœurs, à la sûreté de l’Etat et à la paix publique ainsi que de ne jamais m’écarter du respect dû aux Cours et tribunaux, aux autorités publiques et aux règles de mon Ordre’’. Vous avez là toute la quintessence de l’exercice de la profession d’avocat. Pour s’épanouir dans son sacerdoce et préserver la confiance que son client place en lui, l’avocat est astreint à ces règles professionnelles  strictes contenues dans la loi et le règlement intérieur du Barreau. Ces règles qui forment la déontologie de notre profession s’articulent autour des principes de la dignité, de la conscience, de l’indépendance, de l’humanité, et des bonnes mœurs. De par la loi,  le Conseil de l’Ordre, a entre autres  attributions, de veiller à l’observation des devoirs des avocats ainsi qu’à la protection de leurs droits, d’exercer la discipline, de maintenir les principes de probité, de désintéressement, de modération et de confraternité sur lesquels repose la profession, et d’exercer la surveillance que l’honneur et l’intérêt de ses membres rendent nécessaires. Il est dès lors évident que la question de l’éthique revêt une importance fondamentale pour le Conseil de l’Ordre que j’ai l’honneur de présider, ainsi que pour l’ensemble des avocats. C’est dire que l’éthique est la vertu cardinale de notre profession et quand elle vient à manquer, c’est la crédibilité de tous qui en pâtit. Nous veillons à ce que cela n’arrive pas. La méconnaissance d’un seul des principes que je viens de citer est suffisante pour constituer une faute professionnelle conduisant à l’ouverture d’une procédure disciplinaire contre le fautif. D’où le rôle régulateur du Conseil de l’Ordre qui établit, met à jour et assure le respect des règles de la déontologie à travers le conseil de discipline. Malheureusement, comme dans toutes les professions, les écarts ne manquent jamais. Mais je puis vous assurer qu’à chaque fois que c’est arrivé, le conseil de discipline a sanctionné le fautif à la mesure de la faute commise. C’est heureusement rare.

Votre mandat court jusqu’à 2022. Pouvez-vous nous faire une sorte de bilan à mi-parcours ?

Lorsque j’ai présenté mon programme de campagne au Bâtonnat, j’ai eu des échos selon lequel il était tout simplement utopique, fantaisiste voire ‘‘propagandiste’’. Dès ma prise de fonction, j’ai pu m’appuyer sur une équipe dynamique au sein du Conseil de l’Ordre, en plus des conseils avisés de quelques anciens Bâtonniers. C’est ainsi qu’à ce jour, je peux fièrement mettre à l’actif du mandat de mon équipe la mise en application du Règlement N°5 UEMOA/CM de 2014 et le Règlement d’exécution N° 001/2018/ COM/UEMOA de 2018 relatifs au droit des plaidoiries qui est une redevance financière acquittée par tout plaideur ayant constitué un Avocat. J’ai fait procéder à une relecture approfondie du Règlement intérieur du Barreau, en l’harmonisant avec tous les règlements communautaires adoptés notamment par les organes de l’UEMOA. Je peux noter également l’organisation du 1er concours d’accès au Centre de Formation Professionnelle des Avocats en fin Novembre 2020

Vous aviez aussi promis d’œuvrer pour la mise  en place de  la Caisse autonome de règlementation pécuniaire des avocats (CARPA), ainsi que du centre de formation des avocats, la construction de la maison des avocats. Où en êtes-vous par rapport à ces promesses ?

Effectivement, la mise en place de la Caisse Autonome de Règlement Pécuniaire des Avocats (CARPA) était voulue par le Barreau depuis le début de l’année 2000. Elle n’a pu être créée statutairement qu’en 2016 et mise en place effectivement le 10 novembre 2020 sous mon mandat. Auparavant, les statuts et Règlements intérieurs de la CARPA ont été amendés et adoptés en Assemblée générale en Septembre 2020 ; ce qui nous a permis dans la même foulée de procéder au lancement de cette Caisse. C’est l’occasion de rappeler que cette CARPA est une obligation communautaire dans l’espace UEMOA pour sécuriser les fonds de nos clients mais également pour lutter contre le blanchiment des capitaux et la lutte contre le financement du terrorisme. A travers cette caisse, le Barreau contribue aux efforts des pouvoirs publics dans la lutte contre la grande criminalité transfrontalière organisée. La maison de l’avocat est le dossier le plus crucial de mon mandat car son parachèvement conditionne l’opérationnalité et l’efficacité du CFPA et de la CARPA. Les constructions sont achevées à plus de 90% des prévisions et doivent être réceptionnées dès que le gouvernement aura libéré ou du moins donné l’engagement formel de libérer le solde du devis. A ce propos, je suis optimiste quant à l’issue toute prochaine de ce dossier, au regard de l’entretien que nous avions eu avec son Excellence le Premier Ministre à son cabinet le 29 juin 2021.

A l’époque, le ministre de la Justice a invité le barreau à accorder une place de choix au recrutement des élèves avocats. Qu’en est-t-il de cette question ?

Je fais observer que le Barreau n’a pas pu organiser de concours de recrutement d’avocats stagiaires depuis 4 ans pour des raisons liés à l’incompréhension des parties prenantes de l’organisation. Nous avons élaboré et fait adopter les deux projets de décrets de création du Centre de Formation Professionnelle des Avocats (CFPA) qui sont actuellement dans le circuit administratif. Ainsi, nous avons organisé le 1er concours d’accès au CFPA grâce au concours de tous nos partenaires et particulièrement la faculté de droit de l’UAM que je salue au passage. Actuellement, nous avons 27 élèves admis qui attendent depuis plusieurs mois la rentrée académique suspendue à l’adoption par le gouvernement des décrets de création du CFPA et la réception ne serait-ce que provisoire de la Maison de l’Avocat.

Quelle est votre appréciation des relations que le Barreau entretient avec les organes de la Justice ?

Les relations humaines sont certes faites de haut et de bas avec souvent des rapports conflictuels. Il est bien vrai qu’en tant que Bâtonnier, je reçois régulièrement des complaintes de confrères relevant des griefs contre tels magistrat, policier, régisseur de prison, administration…Mais je peux dire, sans béatitude, que les relations institutionnelles sont au beau fixe. En effet, dès ma prise de service, j’ai rendu visite à toutes les juridictions à Niamey afin de jeter les bases d’un examen d’ensemble de tous les défis communs aux juridictions et le Barreau. L’idée pour nous était d’arriver à mettre en place des bonnes pratiques qui puissent nous aider à améliorer notre travail et nos conditions d’exercice respectifs, mais surtout d’améliorer les rapports de collaboration. Cette démarche a été bien saluée et encouragée par l’ensemble de nos partenaires. Nous sommes toujours dans cette dynamique de dialogue et d’entente en bonne intelligence, mais sans compromission afin que la force reste toujours à la loi et aux principes qui guident la Justice.

Maître, est-ce que le Barreau nigérien entretient des partenariats avec les barreaux de la sous-région ou avec des institutions de la République?

Le Barreau du Niger a toujours été un barreau ouvert vers l’extérieur. Toutefois, j’ai trouvé que nous sommes restés toujours dans notre espace francophone. C’est pourquoi, j’ai activement travaillé pour ouvrir notre Barreau à ceux des barreaux anglophones qui ont pratiquement le monopole de l’Association des Barreaux Africains dont la prochaine Conférence Annuelle se tiendra d’ailleurs du 3 au 7 octobre 2021 à Niamey, avec le parrainage de son Excellence Monsieur le Président de la République, Chef de l’Etat, Mohamed Basoum. Comme je l’avais dit, le Barreau a une mission de service public. C’est dire que nous travaillons étroitement avec les institutions de la République. Contrairement à ce qu’on peut penser, le Barreau n’a pas que le ministère de la justice comme seul interlocuteur car le Barreau contribue largement à la mise en œuvre de toutes les législations nationales, communautaires et internationales. Depuis l’installation des nouvelles autorités, j’ai été déjà reçu par le Garde des Sceaux avec les membres de mon Conseil, et aussi par son Excellence le Premier Ministre

Réalisée par Mahamadou Diallo(onep)


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