La paix au Sahel, une urgence politique, économique et sociale

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Avez-vous la paix ? Que la paix soit sur vous ! Voilà deux formules rituelles incontournables, lorsque, de Praia à Djibouti, se rencontrent des Sahéliens. La paix est une aspiration majeure au Sahel ; elle est sans doute prisée plus que jamais, alors qu’elle semble déserter la région. Au Sahel, que signifie la paix ? Tout d’abord, une cessation des actes de violence, des atteintes aux personnes et aux populations. Ce qui suppose de mettre fin à la prolifération des armes, conventionnelles ou non. Bref, appliquer le slogan « Faire taire les armes » de l’Union africaine.

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La paix pour mieux mobiliser nos moyens

Avec les indépendances, la fin de l’apartheid, il n’y a plus de « guerre juste » en Afrique. Au-delà de leurs divergences, les Africains considèrent les guerres comme la mère de fléaux et souhaitent que le continent en soit libéré. Qui ne se réjouirait pas de voir les budgets consacrés à la lutte contre le terrorisme mobilisés pour combattre les vrais ennemis de la paix que sont l’ignorance, la maladie, la faim, la pauvreté, l’exclusion, et promouvoir un développement juste et inclusif ?

Dans les zones de conflits les enfants, singulièrement les enfants-soldats, se retrouvent en grande vulnérabilité quand la paix n’est pas assurée.
© DR

La paix au cœur de la charte du Manden

La paix est une finalité sociale parce que l’homme ne se réalise que dans la communauté. La charte du Manden, appelée Kurukan Fugan en bambara, que les historiens africains considèrent comme la première Constitution dans l’espace sahélien puisqu’elle date du XIIIe siècle, est instructive : la paix y est consacrée comme un droit humain.

La paix est assimilée à un état de bien-être auquel on ne parvient qu’en se libérant de tout ce qui entrave l’être humain ; en l’occurrence, la violation des droits économiques et sociaux des citoyens, la peur, les inégalités, les privations, les exclusions, le racisme, le sexisme. Cette paix n’est pas donnée, elle se conquiert avec les armes qui ont pour noms : dialogue conciliant, écoute patiente, empathie, respect de l’altérité. Dans l’esprit du Kurukan Fugan, qui érige la paix en vertu cardinale, « toute vie est une vie » et, à ce titre, mérite respect.

Dans les zones de guerre, la condition féminine régresse.
© DR

La paix, condition de la prospérité

Si le PIB qui compte comme richesse les armements, le fait est que là où tonnent les armes, la prospérité recule. Davantage que la puissance de feu, ce sont les capitaux financier, scientifique, technique, culturel et institutionnel qui assurent un avantage stratégique, au plan aussi bien économique que géopolitique.

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La paix, cette amie des femmes…

Dans les zones de guerre, la condition féminine régresse. Les femmes y meurent en couches, parce que les rares centres de santé sont privés de leurs sages-femmes. Les femmes sont réduites à des espaces clos où règne l’obscurantisme maintenu par un ordre patriarcal suranné. Quand on connaît le rôle des femmes dans la reproduction biologique et sociale des sociétés, on sait que l’avenir est hypothéqué chaque fois qu’elles sont réduites au silence par le vacarme des armes.

… et de la jeunesse

De même, la condition de la jeunesse empire. Dans les zones de conflits, les enfants, singulièrement les enfants-soldats, se retrouvent en grande vulnérabilité. Il en est de même des jeunes qui constituent le bassin de recrutement privilégié des groupes politico-mafieux. Pour ceux qui résistent, la migration, légale ou non, est la seule voie de salut. « Le temps de la jeunesse » s’allonge : ne pouvant pas se construire un avenir, les jeunes demeurent confinés dans le statut de cadet social.

Pour Mabingue Ngom, ce combat pour la paix au Sahel doit être porté en priorité par les Sahéliens mais doit être soutenu par la communauté internationale dans une démarche partenariale.
© DR

Les Sahéliens doivent s’investir dans la dynamique de paix…

Ce combat pour la paix au Sahel doit être porté en priorité par les Sahéliens, mais doit être soutenu par la communauté internationale dans une démarche partenariale. Aux Sahéliens, il revient la lourde tâche de créer les conditions pour que la violence ne soit plus la voie privilégiée pour résoudre les conflits. Il leur revient la tâche de mettre en œuvre des systèmes de gouvernance qui garantissent justice et équité, et sachent « reconnaître chez l’esclave la dignité et chez l’homme célébrer l’intelligence » (Serigne Moussa Ka). Nombre de dirigeants sahéliens s’y emploient aujourd’hui, mais leurs efforts doivent être amplifiés.

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… et ainsi encourager leurs partenaires

Aux pays partenaires du Sahel, il revient la tâche de déployer les instruments d’une coopération économique, scientifique et technique accrue, mais surtout rénovée et novatrice. À tous s’impose la nécessité d’accepter, d’entrée de jeu, que la démarche partenariale requière un engagement de longue durée.

La paix, une vraie urgence

Car il se fait tard : ceux pour qui les millions d’emplois doivent être créés d’ici à 2030 sont déjà nés. Il se fait tard, car chaque jour qui passe voit les écosystèmes se dégrader davantage, les paysans, les pêcheurs, les pasteurs manger littéralement leur capital écologique. C’est au nom du caractère systémique de ces risques et de leur menace sur la paix que le combat doit être planétaire. En se battant pour la paix au Sahel, c’est bien pour la planète qu’on se bat. La paix, la prospérité, les peuples, le partenariat, la planète : les « 5 P » qui structurent l’Agenda 2030 des Nations unies n’ont nulle part été aussi pertinents qu’au Sahel. Il est temps que meure le verbe, que s’intensifie l’action pour que vive l’espoir d’une renaissance sahélienne.

* Directeur Afrique du Fonds des Nations unies pour les populations.


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