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Algérie : les harraga reprennent le large
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En Algérie, il ne passe pas une semaine sans que les services de sécurité n’enregistrent des tentatives d’émigration clandestine. Les chiffres révélés dernièrement par le ministère de la Défense nationale donnent le vertige. Durant le mois de septembre seulement, les services de sécurité ont mis en échec 720 tentatives d’émigration illégale contre 336 durant le mois d’août. En un week-end seulement de la fin du mois de septembre, « 121 personnes ont été interceptées au large du territoire maritime national », selon El Watan.

Très forte hausse du nombre d’harraga interceptés en septembre

« Et les chiffres officiels ici ou ailleurs, même ceux des Nations unies, ne reflètent pas du tout la réalité », relève Kouceila Zerguine, avocat spécialisé dans les questions migratoires. Les bilans élaborés ne prennent en compte que les personnes arrêtées et déférées devant les tribunaux, selon lui. « Ils ne prennent pas en compte les harraga victimes de disparition forcées ou d’exécution sommaires en pleine Méditerranée ou ceux qui arrivent en Europe qu’ils soient placés ou pas dans des centres de rétention », détaille-t-il.

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Pourtant, une certaine accalmie a été enregistrée dans le pays avec le début du mouvement populaire du 22 février et l’espoir qu’il avait donné. Me Kouceila Zerguine évoque une trêve qui a duré près de deux mois et demi. « Nous n’avons enregistré durant cette période aucun départ à partir de l’Est. Mieux, durant les premières manifestations les jeunes disaient : ça ne sera plus nous les harraga mais eux (les décideurs, NDLR). Il y avait des slogans dans ce sens et des tags dans la ville d’Annaba (où il habite, NDLR) », affirme-t-il.

Climat politique et social tendu

Pour lui, la baisse ou l’absence de tentatives d’émigration clandestine durant cette période n’est pas liée au climat. Le hirak a ranimé la flamme de l’espoir dans les cœurs de milliers de jeunes Algériens. Comment expliquer donc cette reprise alors que le mouvement populaire se poursuit toujours dans le pays ? « Les réformes tant espérées (avec le mouvement) tardent à se concrétiser et les dernières poursuites judiciaires notamment contre les manifestants ont crée à nouveau du désespoir. Les départs ont donc repris », résume l’avocat.

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Des dizaines de personnes, dont des militants politiques et des manifestants, sont placées sous mandat de dépôt. Ils sont poursuivis notamment pour « atteinte à la sécurité de l’État ». « Nous avons aujourd’hui des chefs d’inculpation dont on n’a plus entendu parler depuis les années 1980. On revient à une situation qu’on croyait définitivement révolue », s’indigne cet avocat. Aujourd’hui, plusieurs raisons alimentent ces départs. Ce sont les mêmes qui ont été à l’origine du phénomène qui remonte au début des années 2000.

« La question est nourrie par plusieurs facteurs internes. Ce sont des problèmes d’ordre politique, économique, social et culturel », rappelle Me Kouceila Zerguine. Le grand malaise des harangua ne peut absolument pas se résumer au problème du chômage, selon lui. « Les gens ne partent pas forcément en quête d’un poste d’emploi. Ils sont en quête d’une vie décente dans un climat de liberté. Ce n’est pas le cas aujourd’hui dans le pays », dit l’avocat. Les harraga ne sont pas que des jeunes chômeurs remplis d’espoir ou uniquement des hommes prêts à risquer leur vie.

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Dans les embarcations de fortune, des médecins et d’autres cadres, des femmes avec enfants et des personnes âgées prennent parfois place aux côtés des sans-emploi. « Ils ne sont pas otages des appréhensions de leurs aînés. Avoir un toit et manger à sa faim ne leur suffit pas. Ils veulent vivre ! Et ils ne croient pas aux promesses. Les nouvelles générations ne croient qu’au concret », insiste Me Kouceïla Zerguine. Dans le pays, l’augmentation du nombre des harraga demeure un important indicateur politique et social. « C’est même l’un des meilleurs indicateurs de la pression sociale », selon le sociologue Nacer Djabi.

En janvier 2019, soit près d’un mois avant l’avènement du mouvement populaire du 22 février, les autorités organisaient un séminaire national sur la harga. Des experts et des influenceurs ont été conviés à l’événement chapeauté par Noureddine Bedoui, ministre de l’Intérieur à l’époque. Un « monologue », selon l’avocat spécialiste de la question migratoire. « Vous ne pouvez pas tenir un débat national sur la harga tout en ignorant les personnes concernées et sans inviter les représentants des familles des harraga », lance-t-il.

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Que faire ?

Toutefois, la question migratoire s’inscrit aussi dans un cadre plus global. « Au début du hirak, il y avait, certes, cet espoir que la révolution allait tout bousculer. Mais pour moi, ce phénomène ne s’est jamais arrêté. Il se poursuit selon le même rythme. Il obéit surtout au climat, évolue selon des conjonctures favorables et en fonction des politiques ici ou ailleurs », explique Mohamed Saib Musette. Ce sociologue spécialiste des questions migratoires rappelle l’absence de politique migratoire dans le pays.

« S’il y en avait eu une politique migratoire, on organiserait des migrations régulières, il n’y aurait pas eu de harraga. Dans le pays, nous avons par exemple une importation de main-d’œuvre mais pas d’exportation », souligne-t-il. Pour lui, le phénomène de la harga n’est pas lié « exclusivement à la situation politique nationale ». « Pourquoi ce phénomène n’existait pratiquement pas dans les années 1970 ? Il n’y avait pas de visas à l’époque. La harga est expliquée aussi par une politique globale de l’émigration », estime-t-il.

Les jeunes harraga sont effectivement préparés à « prendre des risques », mais ne sont pas dans « une logique suicidaire ». « Un de mes collègues africains les décrivait comme étant des « guerriers préparés mentalement à tous les risques » et les experts algériens ne constataient pas d’attitude suicidaire. Si on organise l’émigration, il y aurait moins de tentatives (de départs clandestins, NDLR) par voie maritime », tranche la même source.

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