Pour la création d’une gouvernance internationale sur la biosécurité

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A Yokohama en février 2020, du port de Yamashita je pouvais apercevoir le paquebot Diamond Princess, en quarantaine à cause d’une contamination d’un nouveau coronavirus. La Chine avait confirmé quelques semaines plutôt, le 20 janvier, que la maladie était transmissible d’humain à humain, avant d’imposer trois jours plus tard un confinement à la ville de Wuhan qui dura jusqu’au 8 avril. C’était avant que l’OMS ne l’appelât Covid-19. Elle la qualifia de pandémie le 11 mars 2020. 

Rentré peu de temps après en France, je commence à m’intéresser à l’origine de ce virus. En effet, pour éviter une nouvelle pandémie, il me semble important de comprendre comment celle-ci est apparue. Je prends cette quête de l’origine comme une mise à l’épreuve de la responsabilité de nos sociétés et de la crédibilité de la science. 

Mes recherches partent de l’épidémie du SARS de 2003 et m’amènent rapidement à Wuhan. Un grand nombre de publications sur les recherches de coronavirus de type SRAS proviennent de plusieurs institutions basées dans cette ville. La découverte du réservoir du virus chez les chauves-souris, les recherches des mécanismes de passages des virus de l’animal à l’homme, l’utilisation de virus chimériques, les campagnes d’échantillonnage de chauve-souris dans les caves du Yunnan et d’autres provinces chinoises, les études et essais de vaccins contre le SRAS, ont été menés par des institutions à Wuhan. En Chine, la réglementation demande que les expériences sur les virus de type SRAS soient faites dans un niveau de laboratoire BSL-3. A Wuhan, pas moins de six sites y détiennent des laboratoires BSL-3. Un des ces sites inclut en outre un bâtiment de laboratoires BSL-4. Était-ce un hasard que tant d’études se fissent dans la même ville qui a été la première victime de l’épidémie ? Le théorème de Bayes m’apprend qu’une épidémie de type SRAS qui part de Wuhan a autant de chance d’être liée à un de ses laboratoires que d’être purement naturelle. La question alors se pose : le virus Sars-CoV-2 a-t-il une origine purement naturelle, ou, peut-il être passé par une fuite de laboratoires ? Comment lever le doute ? C’est là que je vois la nécessité d’une enquête transparente basée sur la logique et les faits. C’est la raison pour laquelle j’ai rejoint un groupe de spécialistes et universitaires du monde et de différents domaines qui s’intéressent aussi à cette question. Les membres de ce groupe ont écrit conjointement à l’OMS quatre lettres ouvertes pour demander et proposer une enquête indépendante et libre sur l’origine du coronavirus. 

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Des niveaux de risque élevés

BSL (Biological Safety Level) désigne le niveau de protection pour isoler les agents pathogènes au sein d’un laboratoire. La protection est donnée par un ensemble de mesures de confinement. Les niveaux de confinement vont du niveau de biosécurité le plus bas (BSL-1) au plus élevé (BSL-4, laboratoire de confinement biologique maximum). Au niveau BSL-3 et BSL-4, les mesures comprennent le maintien d’une pression négative dans le laboratoire, des doubles filtrations d’aire avec des filtres à haute efficacité (HEPA : High Efficiency Particulate Air), l’inactivation des effluents contaminés, sas d’entrée et sortie de laboratoire, etc… 

Le nombre d’installations BSL-3 et 4 dans lesquelles les recherches présentent un haut niveau de risque a rapidement augmenté en Chine durant les dix-sept dernières années. J’ai moi-même compté 64 sites qui détiennent un ou plusieurs laboratoires BSL-3 en Chine en 2020, ce qui donne entre cent et deux cents laboratoires BSL-3 alors qu’en 2003, il y en avait une dizaine. J’ai aussi compté trois sites avec des laboratoires BSL-4 (respectivement à Kunming, Wuhan et Harbin) en opérations depuis 2018. Depuis l’épidémie du SRAS en 2003 la Chine a engagé un programme ambitieux de développement de ces laboratoires. Une des missions de ce programme était de prévenir l’apparition d’un nouveau SRAS. En comparaison des Etats-Unis dont les laboratoires se comptent par plusieurs centaines, ce nombre de BSL-3 reste faible pour un pays aussi peuplé que la Chine. Toutefois leur développement récent a été rapide, ce qui, comme remarqué par des biologistes chinois avant la pandémie, induit des risques tels que le manque de qualification et de formation du personnel. Dès le début de l’épidémie de Covid-19, la Chine déclare vouloir construire encore davantage de laboratoires. Rien qu’à Wuhan, il y a des projets de construction de quatre sites supplémentaires contenant chacun plusieurs BSL-3. 

Autant on peut se féliciter des moyens pris pour améliorer la prévention et le traitement d’épidémies, autant je me pose la question suivante : ne faudrait-il pas clarifier s’il y a eu une fuite de laboratoire ou non avant d’aller plus loin ? À la suite de l’accident qui a causé les fusions des coeurs des réacteurs 1, 2 et 3 de la centrale nucléaire de Fukushima, le Japon a arrêté toutes ses centrales nucléaires, et le monde a ralenti l’exécution des nouveaux projets. Bien sûr, le nucléaire est radicalement différent de la biologie, mais en cas de doute sur des installations biologiques, ne devrait-on pas vérifier ? La sévérité d’un risque se mesure avec la probabilité d’un accident et l’ampleur de son impact. Un risque très faible à l’impact catastrophique peut être classé de très sévère. Même si les laboratoires de biosécurité sont conçus pour rendre très improbable un accident, les niveaux de risque restent élevés dans les cas d’études de pathogènes dangereux et dont la fuite peut causer une catastrophe mondiale. Aux scénarios d’évènements mêmes improbables, tels un filtre défectueux, une soudure fissurée ou une morsure de souris, les ingénieurs doivent prendre des mesures particulières de prévention et de mitigation pour réduire la sévérité du risque posé par l’élément pathogène et garantir le confinement du laboratoire. La réévaluation des risques suite à l’accident de Fukushima a fait revoir, entre autres, les niveaux sismiques ainsi que les conceptions des générateurs d’électricité de secours.  

Tant que l’enquête approfondie n’a pas lieu, il est peu probable qu’on découvre l’origine du virus. Toutefois, même si le virus s’avère purement d’origine naturelle, nous savons qu’un accident de laboratoire est plausible. L’avancée des moyens de recherches biologiques a été considérable, et on arrive maintenant, avec des techniques qu’on appelle gain de fonction, à rendre un virus plus pathogénique et transmissible sans qu’on y laisse de trace. Le nombre de laboratoires de recherches de pathogènes dangereux a considérablement augmenté, en Chine et dans le monde, sans qu’on ait encore diminué les risques d’émergence naturelle de nouveaux pathogènes transmissibles. Or l’accident biologique peut avoir des conséquences catastrophiques. Dans ces conditions, il est indéniable que les risques d’accident augmentent. L’accident biologique pouvant toucher les êtres vivants de la planète, la recherche sur les pathogènes dangereux nécessite une réévaluation mondiale des risques. 

La question interpelle puisque dès le début de la pandémie la Chine elle-même a fait des rappels sur l’importance de la biosécurité et a mis en place une loi nationale de biosécurité, qui est en vigueur depuis avril 2021. L’OMS quant à elle a révisé son manuel de biosécurité (4ème édition datée de décembre 2020), et la section « confinement maximum » est passée de trois pages à six pages. Aux Etats-Unis, on voit de multiples auditions au Sénat sur l’origine du virus et la gouvernance nationale et mondiale de la santé et des recherches biologiques. Que fait la France sur les réglementions dans la manipulation de pathogènes dangereux, et dans la transparence de l’information ? La France veut-elle participer au leadership de la gouvernance mondiale de la biologie, ou devra-t-elle être tirée par d’autres pays ? 

Le XXIème sera celui de la biologie

Car ce que nous révèle cette pandémie, c’est le manque de gouvernance internationale dans l’encadrement de la recherche biologique, au contraire du nucléaire qui dispose de l’IAEA (L’Agence internationale de l’énergie atomique). L’IAEA procure un mécanisme international de gouvernance, d’inspection, et de réglementation afin que l’utilisation du nucléaire se fasse en toute sécurité et ne soit pas détournée à des fins destructives (contrôle du double usage). Le nucléaire et la biologie sont des domaines différents mais qui présentent chacun de hauts risques. Les risques en biologie proviennent d’agents hautement pathogènes. Par maints aspects la biologie peut générer des accidents plus graves que ceux du nucléaire, un accident biologique pouvant atteindre toute la planète. 

Ainsi, je plaide pour un établissement rapide d’une « Agence Internationale à la Biosécurité et la Recherche Biologique ». Cette agence sera pourvue de mécanismes de réglementation et de surveillance. Elle devra être indépendante, tant des Etats que des chercheurs. Elle proposera des services de prévention des risques en matière de sécurité et d’environnement, et encadrera la recherche sur les pathogènes dangereux. L’agence proposera aussi des règles et moyens de partage des informations biologiques mais aussi de sûreté de l’information biologique en s’assurant de leur intégrité et traçabilité. 


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De plus, jusqu’à ce que l’origine du coronavirus soit élucidée, il serait conseillé de suspendre les recherches sur les pathogènes à haut risque, et réévaluer les risques avant de les reprendre. Si le XXème siècle a été le siècle de la physique, le XXIème sera celui de la biologie. Notre société sera-t-elle à la hauteur ? Sur les 3711 passagers et membres d’équipage du paquebot Diamond Princess, 712 ont été atteints du Covid-19 et 14 sont morts. Une année et demie plus tard, notre planète dénombre plus de 4 millions de morts et des perturbations incommensurables, et on n’en connait toujours pas l’origine. 


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